A l’approche des mois de juillet et août, nous
entendons souvent « Vive les vacances ! », rarement « Bons
congés ! »… En GRH, souvent est évoquée la vacance d’un poste…, la
mise en congé d’une personne, l’utilisation de vacataires, etc.
Quand le DRH vaque à gérer poste vacant, vacances,
et congés, il n’est pas au bout de ses peines ! Tentons, alors à la veille
de ces prochaines vacances d’y « voir » un peu plus clair…
Vaquer
aux vacances ?
D’un point de vue étymologique, le mot « vacance » apparaît dans la langue
française vers 1305. Des charges de métiers, occupés le plus souvent par des
compagnons, se trouvaient être sans titulaire. Il y avait donc « vacance » sur ces charges. En 1594,
l’emploi au pluriel du mot « vacances »
fait son apparition pour désigner la période où les tribunaux interrompent
leurs travaux. Dès 1623 apparaît dans la littérature « les vacances scolaires ».
D’un point de vue académique, la définition du mot
« vacance » est un état de
ce qui est vide, inoccupé. Pourtant, force est de constater que la période
correspondant au mot « vacances »
permet à tout à chacun de s’occuper. Ainsi, les vacances permettent de
« vaquer » au repos, aux loisirs…
Nous pourrions alors définir la vacance ou les
vacances comme une période où nous ne travaillons pas, voire où nous cessons
une activité -pour, souvent, en reprendre un autre dans un contexte ou un
environnement différent-.
Sauf que, du latin vacare, « être vide », le verbe « vaquer » signifie « cesser
pour un temps ses fonctions » ! Or, nous utilisons le plus souvent ce
verbe intransitif au sens de « consacrer son temps à quelque chose ».
Ne dit-on pas « vaquer à ses affaires » pour émettre le sens de
« s’occuper de ses affaires ». Finalement, nous ne cessons pas
« d’occuper » une activité en énonçant un mot qui nous signifie le
contraire ! Paradoxe !
Enfin, si le mot latin « vacare »
signifie « être vide », une bouteille sans liquide n’est pas vacante
pour autant. Les deux mots « vacant » et « vacance »
appartiennent à la même famille sémantique, mais le second n’a jamais de sens
concret.
Un poste est alors « vacant » quand
personne ne remplit sa charge. Le mot prend là une fonction assez
administrative. Il y a vacance de poste après une mutation, un départ à la
retraite, une démission, un décès. Ainsi, indépendamment de la personne qui
occupe le poste, ce dernier existe toujours. Nous pouvons donc postuler à ce
poste pour «l’occuper » et « remplir », non la bouteille, mais
la fonction rattachée au poste. On s’aperçoit ici à quel point l’utilisation
des bons mots pour exprimer le sens ad’ hoc est important.
Vacance
et vacation…
Vacance du pouvoir, vacances judiciaires, poste
vacant, vacances du personnel… Vacance et vacances vont donner naissance à un
autre mot, vacation. Mot issu du vocable juridique… Pendant les vacances
judiciaires, l’expression utilisée encore aujourd’hui est « les tribunaux
vaquent ». Ils interrompent leurs activités. Cependant, au sein de ceux-ci
sont organisés les services « d’urgence »,
dénommés alors « vacations ». Aujourd’hui, une vacation est plus
couramment une séance de travail qu'une personne consacre à une activité
rémunérée, dont la durée s'exprime généralement en heures ou demi-journées,
Communément, nous définissons « les vacances » comme une période
plus ou moins longue. Cette période est destinée à cesser toute activité
professionnelle pour se reposer, se détendre. Aujourd’hui les vacances
scolaires, période de fermeture des écoles et des facultés, sont encadrées
chaque année par décret.
Vacances
et congés…
« Quand sont tes prochaines vacances ? »,
« Bonnes vacances ! », les « départs/retours en vacances »,
« aller/partir en vacances », « passer ses vacances à », sont
des expressions que nous utilisons fréquemment. Faîtes le test, remplacez le
mot « vacances » par congés, vous verrez alors que cela sonne moins juste. Tout du moins sur le
territoire français. Dans d’autres pays francophones, le mot congé est
largement utilisé ! Y compris, pour donner du sens au mot anglais
« week-end ». Ainsi les canadiens francophones vous adresseront un
« bon congé de fin de semaine » pour un « bon week-end ! ».
Certes, c’est un peu plus long, mais tous les mots sont en langue française.
L’honneur est sauf !
Quant au mot « vacances », tel qu’il est
utilisé en GRH, il a été institutionnalisé dans l’Entreprise, tout du moins en
France, par les événements de 1936. Le 26 avril 1936, les partis de la gauche
française alliée (socialistes, radicaux et communistes) remportent les
élections législatives. Le 3 juin, Léon Blum forme un nouveau gouvernement.
Après la victoire du Front Populaire, de grandes manifestations contraignent le
patronat à reconnaître les revendications ouvrières. De nombreuses réformes
sociales sont appliquées : semaine de travail de quarante heures et
institution des « congés payés » de deux semaines par an.
Congés et
jours de congé…
« Congé », le mot est lâché ! Mais
pourquoi n’a-t-on pas utilisé le mot « vacance », au singulier comme
au pluriel ?
En fait pour les congés de durée moyenne, et ce,
dans la pratique juridique, il y aurait une hésitation de l’emploi du mot
« congé » associé ou non au mot « jour ». La subtilité du
sens puiserait son origine ici. A mon avis, et cela n’engage que ma perception,
entre « congés » et « jours de congé » (notez l’absence de
l’emploi du pluriel du mot « congé » !), il y a vacance de
sens !
Du latin, commeatus,
le mot « congé » est défini comme une permission d’aller et venir.
Les vacances d’aujourd’hui constituent-elles, pour autant, une permission
d’aller et venir ? Avant d’être permission, elle est aujourd’hui
obligation. Obligation, qui selon les entreprises ou les conventions
collectives, est de plus ou moins cinq semaines, non consécutives, avec des
périodes obligées ou non. Tout en respectant les obligations légales, chacun
fait son planning de congés, plus rarement un planning de vacances…
Comme il reste beaucoup plus rare d’entendre les
expressions « prochains congés », « bons congés », « aller
en congés », « passer ses congés », « retour de congés »…
Les expressions « prendre ses congés », « fin des congés »,
sont -par contre- beaucoup plus communes.
Pareillement, il est rare d’utiliser les
expressions « congés de Noël/Pâques », ou encore faire les « devoirs
de congés » (pour devoir de vacances). Par contre, nous prendrons un congé
« sabbatique », non des vacances sabbatiques… Nous pouvons également
nous amuser à phraser le mot « congé » sur de nombreuses expressions telles
que partir en congés dans un village de congés, dans un club de congés, ou
encore une maison (familiale) de congés, etc.
Congé et week-end…
Congé, vacances, week-end, il y de quoi perdre son
latin (et son anglais !). Précédemment, j’ai évoqué le terme anglais
« week-end ». Ce terme désigne une période, et pas seulement le seul jour
du dimanche. Traditionnellement « chômé », il n’est pas un jour de vacances, mais un jour de
repos qui rythme une période de travail. Étant donné « qu’être en
week-end » ne constitue pas le fait d’être en vacances, il apparait alors
que nous sommes dans une période de travail… Alors, pendant la période de
vacances, les « week-end » sautent,
puisque si nous suivons une logique sémiologique, nous ne sommes pas occupés à
travailler !
La définition académique de
l’expression « week-end » est : « Période de congé comprise
entre la fin d’une semaine de travail et le début d’une autre ». Cette
définition nous éclaire donc sur le terme. Pour autant, sur le plan sémantique,
je reste assez étonné du genre de l’expression, le masculin ! Je ne suis pas contre l’intégration de mots
étrangers dans la langue française… Non ! Chaque langue s’enrichit d’une
autre, qui à son tour l’enrichit. Personnellement, il est dommage de ne pas
intégrer les mots avec leurs propres genres.
Le mot
« semaine » traduit l’anglais « week », et le
mot « fin » traduit « end ».
Le genre de « semaine »
et de « fin » est pour, les deux mots, féminin. En toute logique
sémantique, le genre de week-end aurait donc été féminin. Nous aurions dû
écrire la week-end et non le week-end !
A moins que…
A moins que nos académiciens aient eu une logique machiste et déclare
que la fin de semaine « reposait » le genre masculin du labeur de sa
semaine et non la femme (au foyer) qui continuait alors à travailler…
A moins que, nos académiciens « fassent » dans le transgenre…
en décrétant que l’association de deux genres féminins égale un genre masculin…
A moins qu’ils n’aient pas pensé au genre féminin des deux mots… tout
simplement… Et vous qu’en pensez-vous ?
Congé et chômage…
Il faut souligner également que nous utilisons en
GRH, le mot congé pour se « séparer » d’une personne occupant un
poste. Il ne s’agit pas là de vacances ! Il peut s’agit d’une séparation
définitive ou temporaire. Ainsi nous avons, entres autres, les expressions
telles que « congé maternité », ou « congé compensatoire ».
Ce dernier est un congé accordé à un salarié à la place des heures supplémentaires
accomplies ou de l’indemnité devant être versée pour un congé payé dont il n’a
pas bénéficié. Cette expression est synonyme de « repos
compensateur », où là le mot « congé » disparait au profit de « repos »…
Enfin, il y a des périodes où le salarié est en
congé de son travail par le chômage. « Chômage »
qui puise son origine dans le verbe « chômer ». Du latin, caumare, qui signifie se reposer pendant
la chaleur, il est aujourd’hui utilisé pour exprimer le sens des personnes qui
sont privées d’emploi. Nous nous n’étendrons pas cette fois-ci au sens du mot
« chômage ». Nous sommes à l’été 2009, la récession a envahit notre
quotidien depuis quelques mois… S’exprimer ici sur un mot qui inquiète à la
veille de ces vacances n’est pas l’objet de cette note…
Allez ! Je stoppe ici la littérature et ne
vous agace pas plus avec le sens des mots ! Je prends congé de vous à
travers cette lecture et je souhaite à ceux qui travaillent de bonnes et
agréables vacances !